MASSANA

ANNALS DE L'ALBERA ARGELERS DE LA MARENDA - ANNALES DE L'ALBERA ARGELES-SUR-MER

lundi 12 mars 2007

Albera mémoire et terre

« ALBERA MÉMOIRE ET TERRE » une grande réussite. JP Lacombe Massot.

" Albera : Mémoire et Terre ", a été l’un des tous premiers projets présentés dans le cadre du programme Interreg III A (2000-2006) d’aide aux régions frontalières mis en place par l’Union européenne. Placé sous l’autorité administrative du Pays Pyrénées-Méditerranée, il avait pour partenaires l’Association Albera Viva, le Consell Comarcal de l’Alt Empordà, l’Université de Perpignan (à travers l’Institut Franco-catalan Transfrontalier) et l’Université Autonome de Barcelona. Son objectif était de recueillir et de transcrire, à partir d’entrevues, la mémoire vivante des habitants de ce massif et de mettre en œuvre un programme de recherche, sous la direction scientifique des universitaires Martine Camiade et Xavier Luna.

Nous ne nous étendrons pas dans cet article sur le premier point, parfaitement rempli, et qui a permis « d’engranger » plusieurs centaines d’heures d’entretiens d’une immense richesse. Un ouvrage à paraître, en 2007 ; en fera la synthèse.

Nous voulons souligner l’exceptionnelle densité et la qualité du programme de recherche mis en œuvre sur ce territoire transfrontalier à l’histoire et à la culture communes. Il a mobilisé plus de 69 universitaires ou érudits pour un total de 61 communications ou articles, embrassant le plus large champ d’étude. Ces travaux sont regroupés dans quatre ouvrages, deux scientifiques, les actes des colloques de Figueres (1er et 2 avril 2004) «L’Albera i el patrimoni en l’espai transfronterer », et de Banyuls-sur-Mer (3 et 4 mai 2005) « L’Albera, terre de passage, de mémoire et d’identités », et deux autres, bilingues français-catalan, de divulgation érudite, « L’Albera, vignes et vignerons » (2004), et « L’Albera, arquitectura rural, tradicional i preindustrial» (2006).

L’ensemble de ces communications s’articule autour des thématiques suivantes:

Patrimoine culturel tangible.
Sous ce vocable sont regroupées 9 études sur diverses constructions à vocation artisanale comme les moulins (à Laroque-des-Albères, en bord de mer et à travers l’histoire), les puits à glace (de l’Albera en général et à Sorède en particulier), les constructions en pierre sèche (dans plusieurs villages de l’Alt Empordà et dans l’Albera) ou encore les « carrerades » et le patrimoine industriel.

Préhistoire et histoire.
18 études abordent les sujets les plus divers parmi lesquels l’archéologie (fouilles du dolmen des Estanys III à la Jonquera, de l’église du monastère de Sant Quirze de Colera, de l’ancien hôpital médiéval de Peralada et du château de Quermançó à Vilajuïga), l’habitat rural traditionnel (mas de Sant Quirz de Colera, mas Durbau à Laroque des Albères et mas del Pou à Villelongue dels Monts), l’Antiquité maritime (à Port-Vendres et la route Narbonne-Empúries), les biographies (Pere Comellas et Jean Chaubet), la problématique de la frontière (un travail sur l’époque moderne et deux sur le XXième siècle), l’économie (verriers de l’Albera et métallurgie du fer), une étude sur un capbreu de Laroque et une autre sur la femme aux XVIIe et XVIIIe s. à la Selva de Mar.

Nature.
10 études présentent ce territoire dans sa diversité marine et terrestre, d’une manière générale (un bilan de trois siècles de prospections scientifiques sur la façade maritime et les richesses biologiques et floristiques de l’Albera), ou thématique : la géologie de l’Albera ; la faune (la tortue de Hermann, les oiseaux migrateurs, la vache de l’Albera et la diversité faunistique) ; la forêt de la Massane.

Cultures traditionnelles.
La trilogie méditerranéenne, vigne, olivier et chêne-liège a suscité 9 travaux, scientifiques (analyses génétiques permettant de remonter aux origines de la vigne et de l’olivier), historiques (de chaque culture), et économiques (sur la vigne et le liège).

Ethnologie.
2 études, une sur la traditionnelle « matança » du porc dans l’Albera et une d’ethnobotanique sur les vertus des plantes du massif.

Linguistique
7 travaux ont analysé la richesse de la langue catalane dans l’Albera, précisé ses spécificités et ses déclinaisons socioprofessionnelles à travers les parlers des vignerons et des pêcheurs. Son lien avec la terre et la mer se retrouve dans la toponymie de la côte rocheuse, du vignoble ou des constructions antiques.

Littérature.
La relation entre l’Albera et cette expression artistique qu’est la littérature n’a pas été oubliée ; 6 travaux témoignent de l’inspiration que de nombreux écrivains, poètes et dramaturges ont puisé dans la beauté, tour à tour sereine et tourmentée, de ses paysages. Ils ont pour thèmes : la tramontane et la vigne en littérature, l’Albera de Carles Bosch de la Trinxeria, de Josep Sebastià Pons, de Jeroni Pau et de Francesc Tarafa, et enfin le théâtre populaire que l’Albera a fait naître.

S’il n’est pas le premier dans le temps – une initiative importante, « les Jornades d’estudi de l’Albera », avait déjà vu le jour en 1986, suite au terrible incendie qui avait dévasté une grande partie du versant sud du massif – ce programme de recherches s’affirme comme le plus ambitieux jamais mené sur ce territoire. Il est aussi le plus abouti, avec la publication intégrale de ses travaux. Ce grand bon en avant de la recherche alberenca ne restera pas un acte isolé, mais s’inscrit plutôt comme un déclic. La mobilisation intellectuelle qu’il a suscitée trouve déjà son prolongement dans le développement de nouveaux programmes d’investigation. Longtemps à l’écart, en raison de sa partition entre deux états, l’Albera dans sa récente appréhension transfrontalière favorisée par l’Union européenne, fait l’objet d’un intérêt croissant de la part des chercheurs. À leur engouement, vient s’ajouter la mise à disposition de nouveaux outils comme les techniques de marquage génétique, d’analyse et de datation, d’un côté, ou l’ouverture récente du fonds d’archives des comtes d’Empúries, et celle, à venir, du fonds des Rocabertí. Le décloisonnement des disciplines constitue un autre facteur d’optimisme ; timides jusqu’à il y a peu, les coopérations interdisciplinaires se multiplient pour le plus grand profit de tous.

C’est aussi dans cette dynamique qu’il faut situer la proposition d’inscription sur la Liste du Patrimoine mondial du Rivage méditerranéen des Pyrénées (Albera, serra de Rhodes, cap de Creus) engagé par le Pays Pyrénées Méditerranée et le Consell comarcal de l’Alt Empordà. Sa concrétisation serait une chance, non seulement pour la protection de l’environnement et l’économie du massif, mais aussi pour l’impulsion qu’elle donnerait à la coopération transfrontalière en matière scientifique et culturelle. Les réalisations du programme Interreg III en sont un avant goût. Merci à tous les universitaires et érudits qui en ont assuré sa réussite.

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