MASSANA

ANNALS DE L'ALBERA ARGELERS DE LA MARENDA - ANNALES DE L'ALBERA ARGELES-SUR-MER

mercredi 14 mars 2007

A Propos de Ludovic Surjus d'Argelès

A PROPOS DE LUDOVIC SURJUS. Robert Vinas.

A la réception du numéro 15 de Massana, dans lequel votre rédacteur de La Perabona, présentait notre livre sur La Conquête de Majorque, une énorme surprise m’attendait sur la première de couverture : c’était le titre

« Argelésiens dans le monde, Ludovic Surjus (1897-198..) »

Et tout d’un coup, avec beaucoup d’émotion, je me suis trouvé reporté à l’année 1968. Je viens à peine d’être nommé Directeur des cours de l’Alliance Française de Curitiba, dans l’état du Parana, au Brésil. Quelques mois après mon arrivée, la présidente de notre comité, Madame Garfunkel, me demande d’aller faire une tournée de conférences pédagogiques dans le nord de l’état et, à l’occasion, de nouer des relations avec les francophones et les francophiles que j’y rencontrerai. A propos de Londrina, elle me signale la présence d’un vieux français établi là-bas, sans me donner son nom, et me demande de le retrouver…

C’est ainsi qu’au cours d’une réunion organisée par les professeurs de français, je me trouve en présence d’un monsieur d’un certain âge (il avait alors 71 ans), assez grand, cheveux blancs, très distingué. Mes collègues professeurs me le présentent comme « le » Français de Londrina. La conversation s’engage, je repère aussitôt son accent, il roule les r, et note qu’il s’exprime en utilisant le passé simple. Intrigué, je lui demande de quelle région de France il est originaire. Il me répond : « Oh, vous ne connaissez pas, je suis d’un village du midi, non loin de l’Espagne. »

« Mais comment vous appelez-vous, monsieur ? »
« Je m’appelle Surjus »
« Doncs seu català » lui dis-je.
Il me regarde, ébahi, et me répond : « Sí, d’Argelers. »
« I jo de Pollestres », li dic.

A partir de là, la conversation prend un autre tour. Nous recherchons, en vain d’ailleurs, des connaissances communes. Il m’interroge sur le pays, où il n’est pas revenu depuis longtemps, et nous continuons ainsi, en français et en catalan, pendant plus de deux heures.

C’était le début d’une relation amicale et confiante qui devait durer les quatre années de ma mission au Parana. Je passais par Londrina une ou deux fois par an et je ne manquais jamais d’aller rendre visite à Ludovic Surjus. C’est ainsi que, peu à peu, il me raconta l’histoire de sa vie, telle que Raimunda de Brito Batista l’a écrite dans votre dernier numéro ; les villes nouvelles qu’il dessinait, tous les 20 miles anglais, dans cette zone vierge qui allait devenir la plus riche région caféière du Brésil, son installation à Londrina avec sa famille, dans un pays qui était devenu le sien…
Il n’avait pourtant rien oublié du Roussillon et de la France, du catalan et du français. Il lisait beaucoup et je crois que cette habitude d’utiliser dans la conversation le passé simple lui venait du fait qu’il n’avait de contact avec la langue française qu’à travers l’écrit.
J’ai quitté le Brésil en décembre 1971 et n’ai plus jamais eu de ses nouvelles.
Perpignan, le 15 février 2005

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