UN ASPECT
INSOLITE D’UNE SANCH COLLIOURENQUE
Andreu Capeille.
Rien
à voir avec la foi ou la dévotion que l’on peut comprendre dans la période de
la semaine sainte en Roussillon. Mais ce que je vais vous narrer m’est arrivé
le soir du 19 avril, Vendredi Saint, et de la célèbre procession de la Sanch ; veille aussi de Pâques et
des non moins traditionnels et incontournables Goigs dels ous de la veillée pascale !
Voici brossé le lieu de mes observations
amusantes mais respectueuses d’une belle tradition de la religion catholique
catalane.
Durant
des années, j’ai eu le charge de promener des touristes, comme guide, et leur
présenter le déroulement historique et religieux des processions de Perpignan
et de Collioure. Là je n’avais pas eu la possibilité d’être un observateur
avisé, sur tout ce qui se passe autour, ni de connaitre les motivations de ceux
qui sont immergés incognito au sein des pénitents.
Ce jour du vendredi, nous voilà partis ma
femme et moi en voiture vers le très beau petit port de notre côte rocheuse, en
espérant trouver facilement une place de parking. En voici une ; une fois
le véhicule garé, il ne reste plus qu’à régler sur la borne conçue à cet effet
le temps prévu du stationnement ! Et là commence l’attente. Des gens essayent de régler mais n’y arrivent
pas, car il faut suivre le langage des logos toujours pas évidents, prévoir le
temps que l’on va passer dans les rues, puis de se rappeler le numéro
d’immatriculation de sa voiture ! Certains plaquent tout pour partir en
courant regarder ce fameux numéro que l’on doit frapper sur la borne. Et les
gens continuent d’attendre ! On fraternise en attendant, non sans ressentir
la peur au ventre, que son tour de péage vas arriver sous peu !
Nous descendons vers l’église et en
passant on entend parler les uns et les autres. Je dis à ma femme : tiens tu
saisis le langage des colliourencs, on dirait qu’ils ont récupéré avec émotion
notre belle langue catalane, celle de nos ancêtres et qui malheureusement a
tendance à s’évaporer au profit du français et de l’accent des médias, comme si
l’on avait honte de parler catalan et de conserver notre particularité de
langage et notre accent.
Sur
ces belles paroles, elle sourit et me dit : ce ne sont pas des autochtones
mais des catalans du sud qui ma foi sont légion en cette période de vacances,
tout comme les sujets de Sa Majesté la Reine d’Angleterre, malgré le brexit !
Sur le trajet, nous constatons aussi des
gens se dirigeant vers l’église en courant portant leurs affaires
processionnaires sous le bras, certains même avec des croix ou des matériels
religieux bien emballés et qui étaient certainement en retard et donc très
attendus.
Devant
le portail de l’église, comme il était l’heure de souper, nous trouvons une
table de restaurant superbement placée pour visionner le futur cortège.
Pour garder l’accès à l’église, deux
agents de la police municipale, ma fois très sympathiques, n’arrêtaient pas de
donner en souriant divers renseignements aux touristes qui les
questionnaient ! Ensuite à leur tour, des gendarmes, vêtus de leur tenue
habituelle semblaient prendre part à la sécurité des personnes, et puis par
trois hommes habillés de noir qui n’avaient rien de pénitents, qui étaient
simplement des militaires ou gendarmes harnachés d’armes de dissuasions et pas
de « misteris » de la célébration liturgique religieuse.
Donc bien installés, nous soupons, quand
tout à coup quelque chose tombe du ciel sur la table à peu de centimètres de
nos assiettes. Je lève les yeux et constate qu’un vol de mouettes au-dessus de
nous, luttent contre le vent assez fort et pour cela lâchent du lest afin de
prendre de l’altitude.
Quelques minutes après, vers 21h30, la procession de la Confraria de la Sanch de Cotlliure sort enfin précédée par l’évêque et par les « encaputxats o caparutxos » rouges
et noirs. Rien ne semblait alors désorganiser la ferveur des femmes et des
hommes, pénitents, porteurs des « misteris » ou de flambeaux, quand
soudain deux jeunes curés qui s’étaient peut-être égarés, se posent devant nous
essoufflés, avant de prendre en marche la suite processionnaire. Ce n’était que
le début du parcours dans les rues de Collioure, des arrêts fréquents devant
les « reposoirs » installés dans quelques vitrines de commerces. Ensuite,
les personnes qui regardaient, ont vu le recueillement et la piété des
participants, et beaucoup, tout comme
moi, ont pu immortaliser cet événement touchant, avec les centaines ou milliers
de téléphones mobiles qui flashaient à tout va !
Pour conclure, mon épouse et moi-même,
avons apprécié « la Sanch » et
l’ensemble de sa liturgie de la « Semaine Sainte » à Cotlliure, et il va s’en dire, que très
satisfaits, nous reviendrons avec joie l’année prochaine 2020, pour mieux l’apprécier.
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