Sa situation dans le cadre
géographique.
Ce
texte veut être, avant tout, une remise en mémoire des longs moments passés au
bord de ce plan d’eau que mon enfance a côtoyé. Le Grau, au Racou, était toujours fréquenté par les pêcheurs à la
ligne, les enfants, les flâneurs, ainsi que par les premiers amateurs de
pique-nique, qui appréciaient ses berges bien ombragées, fleuries d’iris jaune,
et qui laissaient toujours les alentours propres.




Les baigneurs avaient un autre panorama depuis la plage : en direction du sud, sur la première colline on apercevait la fameuse Torre d’en Sorra, que les troupes allemandes firent exploser le jour du débarquement du 06 juin 1944. Aujourd'hui à sa place se trouve le château d’eau semi-enterré et la table d’orientation qui domine le Racou
Être
utile, c’est exister. Là le Grau devenait un centre d’intérêt important pour le
développement de la flore et de la faune du Racou. En effet, dans ses eaux propres, j’ai
connu les premières joies de la pêche à la ligne, initié par des Argelésiens
attirés par le calme et la sérénité du lieu. Le Grau très généreux, donnait à
celui qui avait la connaissance de la technique très simple de l’amorce ou de
l’appât - vers de terre ou boules de
pain - l’occasion de ferrer :
tanches, chevennes, muges ou
mulets, anguilles, turbots,
(Le
turbot, de la grosseur d’une main se pêchait souvent à la main. On traînait ses
pieds dans la vase, puis, lorsqu’on sentait que l’on marchait sur le poisson on
le clouait à l’aide d’une fourchette) pour
ne citer que les plus communs. Ces poissons, étaient gardés vivants dans des
seaux à vendange, afin de les faire
dégorger plus tard dans un bassin d’eau propre, deux à trois jours, pour éviter
un léger goût de vase à la cuisson. Les poissons de mer, muges et loups,
parvenaient parfois, lorsque l’embouchure du Grau était ouverte, à chasser dans
ses eaux poissonneuses.
Il
n’était pas rare en été de voir des groupes de jeunes sous le parasol au bord
du Grau, les lignes dans l’eau, faisant des allées et venues de baignade en
bord de mer pour revenir ensuite surveiller le bouchon.

Bien entendu, il faut bien l’avouer les moustiques étaient les rois, maudits par tout le monde, car à la tombée de la nuit leurs bzzzz s’intensifiaient de toute part et la citronnelle coulait à flot. Par la suite la démoustications dès les années 60, a supprimé ce désagrément. (Toute la région étant, à cette époque, infestée de moustiques, un organisme spécifique est créé : l'Entente interdépartementale pour la démoustication) (EID).
Des
histoires anecdotiques du quotidien.
Si à notre
époque le Grau à pratiquement disparu, surtout au point de vue économique, il
n’en était pas de même au 19ième siècle. Chaque deux ans on
affermait la vente des herbages qui poussaient sur ses berges. Le bail à ferme
de l’étang communal se divisait en deux parties bien distinctes : D’une
part la vente des herbages appelés « bogues » (roseau de la
Passion, canne de jonc, rotin, etc…) - qui servaient surtout aux tonneliers
pour assurer l’étanchéité des fûts - et d’autre part le droit aux pêcheurs
professionnels de jeter les filets dans ces eaux. Quant au droit de pêcher à la
ligne, il était exclusivement réservé aux habitants d’Argelès au dire de la
décision du Conseil municipal en date du 7 mai 1886.

Après avoir creusé un petit chenal sur le sable, la pression de l’eau faisait le reste. Très rapidement le passage devenait important, et, au bout de quelques heures (2/3h), le niveau retrouvait sa côte normale. Au moment où l’on « crevait » le Grau, il fallait être attentif à ne pas se faire piéger côté Argelès, car le retour s’effectuait obligatoirement par le sentier Argelès-plage - le Racou après en avoir franchi la passerelle.
Au
cours de ces ouvertures de déversement du trop-plein pratiquées dans la bonne
humeur, sans attribuer la faute à qui que ce soit, sauf au temps, muges et
loups entraient ou sortaient de l’eau douce à la mer, tandis que nous, enfants
et adultes, à l’aide de foënes, d’épuisettes ou parfois à la main, nous
faisions des pêches miraculeuses !
Pour se
faire une idée de ces inondations, fréquentes en hiver à cause des « ventades »
(coups de vent) et des « llevantades » (mer déchaînée, coup de
mer du levant), on voyait les eaux arriver pratiquement jusqu’à la route
actuelle qui traverse le Racou, et les énormes vagues qui se précipitaient dans
le Grau, faisaient passer l’eau de l’autre côté de la route. Etonnant
non ? Et qu’y avait-il de l’autre côté de l’avenue d’en Sorra ?
presque rien, sinon beaucoup de vignes ! Devinez aussi pourquoi l’ancien
hôtel l’Oasis que dirigeaient agréablement leurs propriétaires M. et Mme Jean
Gosset, reposait sur pilotis ?
Toujours
dans les années 50, et plus précisément en février 1956, il y eut dans tout le
sud une vague de froid
inoubliable. Les températures chutèrent jusqu’à moins 15°/17° à Argelès, à tel
point que les eaux du Grau étaient figées sur une bonne épaisseur. Quelle
aubaine pour tous les enfants de l’agglomération qui patinaient dangereusement
sur ce miroir. La glace ainsi formée dura encore quelques jours. De temps en
temps lorsque les hivers étaient assez rigoureux, il y avait de la glace mais elle ne durait pas.
Dans les berges proches de la
mer, mais côté terre-ferme, quelques personnes possédant de petites
barques de deux à trois mètres de long,
pratiquaient de minuscules embarcadères pour les mettre à la fois à l’abri des
coups de mer et des enfants, qui ne manquaient pas de les utiliser comme objets
d’amusements, lorsqu’ils les retournaient sur le sable au bord de la mer, la quille en l’air.

La fréquentation, même au mois
d’août n’était pas symbolique mais presque ! Imaginez : il y a 60
ans, les pêcheurs de Collioure qui utilisaient des filets de corde, venaient au
Racou les laver dans le Grau pour éviter que ceux-ci, ne soient brûlés à force
d’utilisation dans l’eau salée. Cela se passait sur les coups de onze
heure/midi, ils les rinçaient, puis les
laissaient sécher, étalés sur le sable entre le Racou et Argelès-plage. Ils les reprenaient aux alentours de 15h et
repartaient sur Collioure sur ces splendides barques catalanes appelées
« Llaguts de vela ». Vraiment impensable à notre époque.
Trouveraient-ils encore un bout de filet ? Cette description du Grau de mon adolescence est un souvenir gravé à jamais dans ma mémoire!
Notes: - Grau : Embouchure
ou petit canal qui met en communication un étang avec la mer.- Roseau à balais ou phragmites en Français. Plante commune des
étangs, servant à réaliser des protections de tous types, des revêtements
externes de cabanes, etc…- Racou, Racó en catalan
signifie le Coin.
Légendes
photos
- Les premières
tentes des vacanciers des ans 1950, les embarcadères pratiqués au milieu des
senills, mais aussi l’importance de l’étendue du plan d’eau. On remarque que le
sable subissait des remodelages importants dus aux tempêtes littorales. CP Edit
Narbo. Toulouse - Le Grau, vu du
pont. Peinture de Victor Comas de 1958 - Au bord de l'eau la pêche, au menu:
Tanches, chevesnes, etc...- Arrivée à la
Route du Racou : le contexte route-rivière est visible sur cette huile de
Victor Comas datée de 1956. - Émile Berget,
l’ancien p^cheur du Racou et sa fille. - La Torre d'en
Sorra - Navigation sur le Grau - Les pyramides allemandes contre un éventuel
débarquement allié.- La pêche à
l'art au petit matin - Les pêcheurs amateur Henri Capeille et Georges Farré
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