C’était une cérémonie imposée par la
République, dont les adolescents d’aujourd’hui n’ont plus aucune idée !
Lorsque le service militaire était obligatoire, les jeunes de 17/18 ans étaient
sélectionnés lors du conseil de révision.
Un rituel particulier qui fait aujourd’hui sourire, dès que l’on raconte
à nos enfants et petits-enfants cette aventure.

En fait, elle était attendue par tous avec plus ou moins d’impatience. Quelques mois auparavant on recevait une convocation du centre de recrutement indiquant le jour et le lieu où se faisait la sélection. En principe elle se déroulait au chef-lieu du canton, c’est-à-dire pour les jeunes Argelésiens, à la mairie d’Argelès.
Dès leur arrivée, ils se trouvaient
alignés, en tenue d’Adam, autrement dit nus, devant les autorités militaires.
Là, ils étaient passés à la toise, pesés, observés en détail : dentition, vue,
infirmités diverses, ceci devant un médecin militaire avec les gendarmes pour
assesseurs.
« Après examen,
si tout était normal, la formule prononcée était « Bon pour le service ». Les ajournés paraissaient
généralement un peu malheureux… Une époque révolue !
Mais tous scandaient : Bons pour le service, bons pour les
filles !

Après la séance photos, les cafés de la
place de la République et des rues adjacentes étaient pris d’assaut. La
fantasia se poursuivait vers les écoles « en
hurlant : on va foutre le b…l
à l’école » rendant les jeunes
élèves contents, car les cours seraient passablement perturbés ! Mais les enseignants habitués à ce genre de
divertissement, se dépêchaient de fermer les portes d’accès à la cour de
l’école !
Les esprits s’échauffaient, les jeunes
filles du village courraient se mettre à
l’abri et se cachaient pour ne pas subir,
rien de bien méchant : les embrassades des garçons ! Ce
jour-là, plus d’apparitions féminines, jeunes, dans les rues.
Le soir
dès la tombée de la nuit c’était une autre histoire ! Si par malheur vous
laissiez trainer dans la rue où devant le jardin de la maison, un objet usuel,
des ustensiles agricoles, des charrettes, vous retrouviez tout ça le lendemain
matin entassé devant les portes de la mairie, qui, à l’époque, se situait sur
la place au centre du vieux village.
Toutes ces péripéties, ne plaisaient pas à
tout le monde, dans la semaine les joyeux conscrits se voyaient convoqués à la
mairie pour y être admonestés par les autorités, et bien sûr, ils promettaient
tous de ne pas recommencer ! Ce qui était l’évidence même.
C’est donc en parlant de ses souvenirs là,
qu’un Argelésien m’a transmis cette photo datant de 1960 où beaucoup se
reconnaitront, certains malheureusement ont quitté ce monde. Ces conscrits
d’Argelès furent certainement les derniers a être « révisés » car cette pratique du
conseil de révision disparaîtra à la fin de l'année 1960.
Quelques
traits anecdotiques racontés par ces ex-conscrits :
Vicente jouait de la trompette à la
clique d’Argelès, et pour s’entraîner, il montait à son grenier, ouvrait la
trappe du toit, et soufflait dans son instrument face au ciel. Les gens des
alentours se demandaient toujours si
c’était la banda qui défilait dans les rues.
Gabriel Bria, sur la photo,
tient un instrument qui n’est autre qu’un trombone à coulisse, tandis que le
clairon est entre les mains de Pérez. Tous deux, laissaient parfois
échapper involontairement quelques notes irrécupérables !
Marcel
Farré
se souvient de leur visite à la maison des parents de Vicente où ils arrosaient leurs gosiers asséchés par les
événements. « Les flacons de
« vi ranci » voyaient leur niveau baisser allégrement et éméchaient
les buveurs ».
Pierre Aylagas nous rappelle que le préfet qui assistait au défilé des
candidats (nus) au conseil de révision s’exclame « Les
candidats sont petits ! C’est normal, ce sont des pêcheurs ! C’est
une bonne chose pour la stabilité des bateaux de pêche ! ». Bien
sûr, aucun de nous n’était pêcheur !... et nous n’étions pas
petits !
René Belmas, n’oublie pas les efforts
déployés par tous afin d’amener la charrette du bas du Carrer Llarg jusqu’au
centre de la place, en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas
réveiller les dormeur, qui connaissaient eux aussi la même tradition mainte et
mainte fois renouvelée. « On
devinait les regards qui nous suivaient au travers des volets légèrement
entrebâillés ».
Jean-Pierre Auriach se souvient
l’achat des cocardes de « Bon pour
le service », vendues dès la sortie de la visite d’incorporation,
achetées puis agrafées sur les habits des futurs soldats. Mais ce qui l’a le
plus marqué, c’est de se trouver nu, « au
garde à vous » sous la toise devant une femme, médecin, bien
entendu !
Cocarde et Agrafe de J.P. Auriach « Bon pour les
filles » « Vive la classe ».
Photo ©Studio Jacky de
Céret. Voici donc sur la photo, prise à coté de la boucherie Fabre place de
l’ancienne mairie, les noms de ces valeureux argelésiens examinés « bons pour le service actif »
De g. à d. au 2ième
rang -
Escargueil – Lucien Roigt – Jérôme Dombis – Marcel Farré – Jacques Maury
– Jean Llose – Pons – Jean-Pierre Auriach – Gabriel Bria avec le trombone à
coulisse – … Pierre Vicente.
Au 1er
rang - Alain Farriol – Copain –
Pierre Aylagas – René Belmas – Francis Armangau – Francis Perez et son clairon.
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